Les quatre ingrédients
Il circule beaucoup de listes de « prompts magiques ». Elles vieillissent mal et n’apprennent rien. Ce qui marche durablement tient en quatre ingrédients, et surtout en la capacité à diagnostiquer lequel manque quand un résultat te déçoit.
Le contexte : qui, pour qui, pourquoi
Section intitulée « Le contexte : qui, pour qui, pourquoi »Qui tu es, à qui s’adresse le résultat, et dans quelle situation.
Je suis infirmière libérale. J’écris à une famille dont le parent âgé vient de rentrer chez lui après une hospitalisation. Ils sont inquiets et n’ont pas de formation médicale.
Sans cet ingrédient, l’outil vise le lecteur moyen. Le lecteur moyen n’existe pas.
La tâche : un verbe précis
Section intitulée « La tâche : un verbe précis »Ce que tu veux qu’il fasse. Un verbe, pas un thème.
Les verbes qui fonctionnent bien : résume, reformule, traduis, compare, classe, corrige, raccourcis, développe, transforme en tableau, explique à quelqu’un qui…, trouve les incohérences, propose trois angles différents.
La matière : ce que tu apportes toi
Section intitulée « La matière : ce que tu apportes toi »C’est l’ingrédient le plus négligé et de très loin le plus rentable.
Le texte à retravailler, les notes brutes, les chiffres, l’extrait du courrier reçu, la fiche de poste, la procédure interne. Tout ce que tu colles réduit d’autant la part d’invention.
Souviens-toi du module 1 : plus la matière vient de toi, moins la machine comble les trous avec du plausible. C’est le levier de fiabilité le plus puissant dont tu disposes, et c’est celui que presque personne n’utilise.
La forme : à quoi doit ressembler le résultat
Section intitulée « La forme : à quoi doit ressembler le résultat »Longueur, ton, structure, destinataire, langue, format.
Environ 200 mots. Ton chaleureux mais précis. Trois paragraphes courts. Pas de vocabulaire médical sans explication. Prêt à envoyer par SMS.
Sans cet ingrédient, tu obtiens le format par défaut : des listes à puces interminables et un ton d’article de blog.
Diagnostiquer ce qui manque
Section intitulée « Diagnostiquer ce qui manque »C’est la partie qui rend cette fiche utile pour longtemps. Quand un résultat te déçoit, ne recommence pas au hasard. Identifie l’ingrédient absent.
Si c’est trop générique, si ça pourrait s’adresser à n’importe qui, il manque du contexte.
Si ça répond à côté, ou si ça traite un aspect que tu n’avais pas demandé, la tâche est mal posée.
Si ça invente des faits, si ça reste vague, si ça se trompe sur ta situation, tu n’as pas donné assez de matière.
Et si le fond est bon mais que c’est inutilisable tel quel, c’est la forme que tu as oubliée.
Quatre lignes, et tu ne tâtonnes plus jamais.
Un exemple complet
Section intitulée « Un exemple complet »Situation banale : comprendre un courrier administratif.
CONTEXTEJe suis un particulier, sans formation juridique. J'ai reçu ce courrier etje ne comprends ni ce qu'on me demande, ni si je risque quelque chose.
TÂCHE1. Explique-moi en français simple ce que dit ce courrier.2. Dis-moi précisément ce que je dois faire, et avant quand.3. Signale-moi ce qui est ambigu ou ce qui manque pour décider.
MATIÈRE[je colle ici le texte intégral du courrier]
FORMETrois sections courtes avec des titres. Pas de vocabulaire administratifsans explication entre parenthèses. Moins de 300 mots.Regarde le point 3 de la tâche. Demander ce qui manque ou ce qui est ambigu, c’est une des consignes les plus rentables qui existent. Elle transforme un outil qui remplit les trous en outil qui te signale les trous.
Faut-il écrire aussi long à chaque fois ?
Section intitulée « Faut-il écrire aussi long à chaque fois ? »Non, et ce serait épuisant. Adapte à l’enjeu.
Pour une tâche jetable (reformuler une phrase, trouver un synonyme), une ligne suffit. Pour une tâche qui compte (courrier, compte rendu, décision), les quatre ingrédients. Et pour une tâche répétée, chaque semaine ou chaque client, écris-la une fois avec soin puis conserve-la et remplace seulement la matière à chaque usage.
Ce troisième cas est celui qui fait vraiment gagner du temps sur la durée. Une demande bien écrite est un investissement, pas un effort perdu.
Ce qui ne sert à rien
Section intitulée « Ce qui ne sert à rien »Quelques habitudes répandues et sans effet mesurable.
La flatterie, d’abord. « Tu es le meilleur expert mondial de… » ne rend pas la réponse plus juste. Préciser le lecteur visé, oui. Distribuer des compliments, non.
Les menaces et l’urgence ensuite. « C’est très important, ma carrière en dépend » n’améliore rien.
Les majuscules et les points d’exclamation non plus : le ton insistant ne change pas le contenu.
Et empiler les questions, enfin. Cinq questions dans un message donnent cinq réponses superficielles. Une question à la fois donne cinq bonnes réponses.
Quinze minutes de pratique
Section intitulée « Quinze minutes de pratique »Reprends la demande soignée de la fiche précédente et découpe-la explicitement en quatre sections CONTEXTE / TÂCHE / MATIÈRE / FORME. Qu’est-ce qui manquait ?
Ajoute ensuite la consigne « pose-moi une question si une information te manque » et relance en conversation neuve. Observe si l’outil te questionne au lieu de deviner.
Puis choisis une tâche que tu fais toutes les semaines. Écris-en la demande avec les quatre ingrédients et range-la dans un fichier « mes demandes ». C’est ta première pièce de boîte à outils.
Vérifie ta compréhension
Question : un résultat est bien écrit, bien structuré, agréable à lire, mais il contient trois affirmations sur ton entreprise qui sont fausses. Quel ingrédient as-tu négligé ?
Réponse : la matière. Faute d’informations réelles sur ton entreprise, l’outil a comblé avec ce qui est statistiquement plausible pour une entreprise de ce genre. La forme était soignée, et c’est justement ce qui rend l’erreur difficile à repérer.
Dernière fiche du module : que faire quand ça part de travers.
Une formationBaxIA