Aller au contenu

Le cimetière des chartes

Commençons par regarder ce qui rate, parce que les causes sont toujours les mêmes et qu’elles se détectent en dix minutes.

Elle est écrite pour se protéger, pas pour être appliquée. Le registre est juridique, les phrases sont longues, les formulations couvrent tous les cas. Le document remplit sa fonction défensive et aucune fonction opérationnelle.

Elle interdit sans proposer d’alternative. « Il est interdit d’utiliser des outils d’intelligence artificielle générative pour traiter des données à caractère personnel. » Très bien : et quand j’ai un courrier à faire expliquer, je fais quoi ? En l’absence de réponse, la personne fait comme avant, en se cachant un peu mieux.

Elle ne répond pas aux questions que les gens se posent. Les questions réelles sont : est-ce que je peux coller ce courrier, est-ce que je peux faire résumer cette réunion, est-ce que je peux utiliser mon compte personnel en déplacement. Une charte qui parle de « gouvernance responsable » ne répond à aucune.

Elle est trop longue. Au-delà d’une page, elle n’est pas lue au moment où elle servirait, c’est-à-dire dans les cinq minutes où quelqu’un hésite.

Elle n’a pas d’arbitre. Personne n’est nommé pour trancher les cas non prévus, donc chacun tranche seul, donc la charte ne produit aucune uniformité.

Elle ne bouge plus. Écrite une fois, jamais révisée, elle devient fausse en dix-huit mois quand les outils changent. Une règle fausse est pire qu’aucune règle : elle décrédibilise l’ensemble.

Si vous avez déjà une charte, ou un projet, applique-lui ces sept questions. Elles sont brutales et elles font gagner un trimestre.

Réussi ? Le test
Elle tient sur une page, lisible en deux minutes
Un salarié pressé y trouve sa réponse sans demander à personne
Chaque interdiction est accompagnée de la manière de faire autrement
Elle nomme l’outil autorisé et le type de compte
Elle nomme une personne à prévenir, avec son adresse
Elle porte une date et un responsable de sa mise à jour
Elle traite au moins trois cas concrets du quotidien de vos équipes

Moins de cinq cases cochées : le document existe, il ne produit rien. Ce n’est pas grave, et c’est exactement ce que la journée sert à corriger.

Prends trois personnes au hasard dans l’organisation, à trois postes différents.

Demande-leur, sans prévenir : est-ce que tu peux coller le courrier d’un client dans un assistant pour le faire résumer ?

Si tu obtiens trois réponses différentes, ou trois hésitations, la charte n’existe pas, quel que soit le document rangé sur l’intranet.

C’est le seul indicateur qui mesure ce qu’on cherche. Une charte réussie se reconnaît à ce que les gens savent répondre.

Trois coûts, et le troisième est le plus important.

Un faux sentiment de sécurité. La direction croit le sujet traité, donc n’y revient pas, donc les usages sauvages continuent sans surveillance.

Une exposition inchangée. Le jour où un incident arrive, la charte non appliquée sera produite, et elle montrera surtout que l’organisation savait.

La perte de crédibilité du prochain document. C’est celui-là qui coûte le plus longtemps. Une équipe qui a vu passer une charte inapplicable accueillera la suivante avec le même haussement d’épaules, y compris quand elle sera bonne.

Une charte qui fonctionne répond, en langage ordinaire, à quatre questions qu’un salarié se pose vraiment, nomme quelqu’un, porte une date, et se révise quand la réalité change.

Le module 2 détaille chacun de ces points. Mais avant d’écrire, il faut savoir ce que le document décide, et c’est l’objet de la fiche suivante.

Vérifie ta compréhension

Question : votre charte existe, elle fait douze pages, elle a été signée par tout le monde il y a huit mois. Ta direction considère le sujet traité. Que fais-tu ?

Réponse : tu fais le second test plutôt que d’argumenter. Pose la même question concrète à trois personnes de trois services, et rapporte les réponses. Si elles divergent, la démonstration est faite sans mettre en cause le document ni ceux qui l’ont commandé. Propose alors d’ajouter la page opérationnelle, sans toucher aux douze pages : elles gardent leur fonction documentaire, et la page fait le travail qu’elles ne peuvent pas faire.

Fiche suivante : ce qu’une charte doit décider, ce qui n’est pas la même chose que ce qu’elle contient.

Une formationBaxIA