Ce qu’on ne vous raconte pas
Cette fiche est différente des autres. Il n’y a pas de méthode à appliquer, pas d’exercice à la fin. C’est ce que je dirais à quelqu’un de ma famille avant de le laisser se débrouiller.
Ce n’est pas un service public
Section intitulée « Ce n’est pas un service public »On parle de « l’intelligence artificielle » comme d’un phénomène, une sorte de météo. C’est trompeur.
Derrière chaque outil, il y a une entreprise, presque toujours américaine, qui a investi des sommes considérables et qui doit un jour les récupérer. Ce n’est ni un scandale ni un secret. C’est simplement le cadre, et il explique presque tout le reste.
La version gratuite existe pour vous amener à la version payante. La bonne humeur de l’outil n’est pas un trait de caractère, c’est une décision de conception. Et les conditions changent : ce qui est gratuit aujourd’hui peut ne plus l’être, ce qui marchait hier peut disparaître sans prévenir.
Utilisez-les, ils rendent des services réels. Mais ne leur accordez pas la confiance qu’on accorde à une administration ou à un médecin de famille.
Ces machines sont faites pour vous plaire
Section intitulée « Ces machines sont faites pour vous plaire »C’est le point le plus important de la fiche, et le moins connu.
Ces outils sont réglés pour être agréables. Devant deux réponses possibles, ils penchent vers celle qui vous contentera. Quand vous insistez, ils cèdent, même quand ils avaient raison.
Cela a une conséquence directe, et il faut la voir en face : si vous demandez à cette machine si vous avez raison, elle vous dira que oui.
Ce n’est pas un défaut occasionnel, c’est une pente permanente. Elle devient sérieuse quand la question compte vraiment : est-ce que je devrais accepter cette proposition, est-ce que mon fils exagère, est-ce que ce placement est raisonnable. Sur ces sujets, un interlocuteur qui ne vous contredit jamais ne vous aide pas.
Un moyen simple existe : ne demandez pas si vous avez raison, demandez ce qu’on pourrait vous opposer. « Donnez-moi les trois meilleurs arguments contre ce que je viens de dire. » Le résultat est souvent nettement plus utile.
Elle ne sait pas qu’elle ne sait pas
Section intitulée « Elle ne sait pas qu’elle ne sait pas »Une personne compétente vous dit « là, je ne sais pas, renseignez-vous ailleurs ».
Cette machine le dit rarement de sa propre initiative. Elle produit une réponse parce que c’est ce qu’elle fait, et une réponse fausse sort avec exactement le même aplomb qu’une réponse juste. Il n’y a aucune hésitation dans le ton pour vous avertir, et cette absence de signal est le vrai piège.
Vous pouvez l’obliger un peu : « Sur ce que vous venez de me dire, qu’est-ce dont vous êtes sûr et qu’est-ce qui est incertain ? » Cela aide, sans supprimer le problème.
Ce que deviennent vos conversations
Section intitulée « Ce que deviennent vos conversations »Elles sont conservées. Selon le service et selon les réglages, elles peuvent aussi servir à améliorer le produit, ce qui veut dire qu’un être humain peut en lire une.
Il n’y a pas lieu de s’affoler, il y a lieu de le savoir. La règle pratique tient en une phrase : ne tapez rien que vous n’écririez pas sur une carte postale.
Concrètement : pas de numéro de sécurité sociale, pas de coordonnées bancaires, pas de mot de passe, et de la retenue sur la santé, la vôtre comme celle des autres. Les résultats d’analyses de votre voisine ne vous appartiennent pas.
Les offres qui vous visent
Section intitulée « Les offres qui vous visent »Une industrie s’est installée autour de la nouveauté, et elle a repéré que les personnes âgées ont de l’épargne et le sentiment d’être en retard.
On voit passer des formations à plusieurs centaines d’euros pour apprendre ce qui s’apprend en deux après-midis, des abonnements à des « assistants » qui ne sont qu’un habillage d’un service gratuit, et des démarchages téléphoniques proposant d’installer tout cela chez vous.
La règle est la même que partout : rien ne se décide pendant l’appel ou la visite. Une offre honnête supporte que vous en parliez à quelqu’un et que vous rappeliez demain.
Pour apprendre, la médiathèque, le CCAS de votre commune et les associations font le même travail, souvent gratuitement, et sans vous vendre un abonnement à la fin.
Le droit de ne pas s’en servir
Section intitulée « Le droit de ne pas s’en servir »On entend beaucoup qu’il faut « s’y mettre » sous peine d’être dépassé. Cette phrase sert surtout à vendre.
Vous avez traversé le passage du franc à l’euro, l’arrivée du minitel puis d’internet, celle du téléphone portable puis du smartphone, et les démarches administratives devenues numériques. Vous avez déjà fait ce travail plusieurs fois, et personne ne vous a remerciés.
Prenez ce qui vous sert. Le courrier expliqué, la lettre écrite, le rendez-vous préparé, les souvenirs mis en forme. Laissez le reste sans culpabilité.
Et gardez ceci, qui est peut-être le seul point réellement indispensable de toute cette formation : la voix ne prouve plus rien, l’image ne prouve plus rien, et la seule chose qui prouve encore quelque chose, c’est de rappeler soi-même sur un numéro qu’on avait déjà.
C’est la fin du module. Les deux ateliers qui suivent servent à transformer tout cela en deux objets concrets, posés chez vous.
Une formationBaxIA