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S’entraîner aux objections

Voici l’usage le plus rentable du métier, et celui dont personne ne parle parce qu’il ne se démontre pas bien en salon.

Tu peux répéter un rendez-vous difficile autant de fois que tu veux, avec un interlocuteur qui ne se fatigue pas, ne te ménage pas, et n’a aucun souvenir de ton essai raté d’il y a cinq minutes.

C’est ce que coûtait un coach, ou la patience d’un collègue qui s’épuise à la deuxième prise.

Tu es [fonction] dans une entreprise de [secteur, taille].
Je viens te vendre [ton offre]. Voici ce que je sais de ta situation :
[le contexte réel, sans nommer personne]
Mène l'échange : une prise de parole à la fois, tu attends ma réponse.
Reste dans ton rôle, ne commente pas, ne me félicite pas, ne m'aide pas.
Sois sceptique et pressé, comme un vrai acheteur. Relance quand ma
réponse est floue, et objecte quand elle ne te convainc pas.
Après dix échanges, sors du rôle et dis-moi : ce qui t'a convaincu, ce
qui sonnait creux, et à quel moment tu as décroché.

Trois consignes portent tout le poids.

Une prise de parole à la fois. Sinon tu obtiens une liste et ce n’est plus un entretien.

Ne me félicite pas. Sans cette phrase, la machine trouvera tes réponses excellentes, parce qu’elle est réglée pour être agréable. Un entraînement où tout est excellent ne sert à rien.

« À quel moment tu as décroché ». C’est la question qu’aucun collègue n’ose te poser, et c’est celle qui fait progresser.

C’est ici que la plupart des gens ratent l’exercice.

Réponds oralement, avec la dictée si l’application le permet. Une réponse tapée se relit, se corrige, et ne ressemble en rien à ce que tu diras en rendez-vous.

Ce qui rate une vente, c’est l’hésitation, la digression dont on ne revient pas, la réponse qui dure trois minutes quand elle devrait en durer trente secondes. Rien de tout cela n’apparaît au clavier.

Enregistre-toi une fois. C’est désagréable, et c’est le retour le plus honnête que tu obtiendras.

Pars de ta propre liste, celle des objections que tu entends réellement. Ce sont presque toujours les mêmes cinq.

Le prix. « C’est trop cher » veut rarement dire ce qu’il dit, et l’entraînement sert à ne pas répondre par une remise réflexe.

Le concurrent en place. « On travaille déjà avec X. »

Le moment. « Pas cette année. » L’objection la plus fréquente et la moins travaillée.

Le risque. « Et si ça ne marche pas ? »

L’absence de mandat. « Il faut que j’en parle. » Celle qu’on prend pour un accord et qui n’en est pas un.

Fais une simulation par objection, cinq minutes chacune. Une demi-heure, et tu as travaillé l’année.

Un exercice à part, parce que c’est la réponse qui décide de la suite du rendez-vous.

Chronomètre-toi. Ce que vous faites, pour qui, quel problème vous réglez, et ce qui vous distingue. Sans jargon, sans superlatif.

Recommence jusqu’à ce que ça tienne sans notes. Trois essais suffisent en général, et l’écart entre le premier et le troisième est net.

Puis demande : « Reformule ce que tu as compris de mon offre, en une phrase, comme si tu l’expliquais à ton patron. » Si la reformulation est fausse ou floue, ce n’est pas la machine qui a mal écouté.

Il faut le dire, sinon tu auras une mauvaise surprise.

Ni ta posture, ni ta poignée de main, ni la façon dont tu entres dans une pièce. Ni le stress d’être regardé, ni le silence après une question difficile, ni la lecture d’un visage qui se ferme.

Et surtout, la machine finit toujours par te donner raison si tu insistes. Un vrai acheteur non.

L’entraînement avec un collègue reste supérieur. Fais les deux : dix répétitions avec la machine, une simulation avec quelqu’un. Le volume d’un côté, ce qu’elle ne voit pas de l’autre.

Écris tes cinq objections réelles, celles que tu entends.

Monte la simulation sur un compte en cours, avec le contexte réel et sans nommer personne.

Fais dix échanges à voix haute, sans t’arrêter pour corriger. Demande le retour, et note les deux points à améliorer.

Puis recommence immédiatement le même échange. L’écart entre les deux est le résultat de l’exercice, et il est presque toujours visible dès la seconde fois.

Vérifie ta compréhension

Question : tu fais la simulation en tapant tes réponses, et tout se passe très bien. Es-tu prêt pour le rendez-vous ?

Réponse : non, et l’exercice a pu te donner une fausse assurance. À l’écrit, tu te relis, tu reformules, tu ne t’entends pas hésiter et tu termines toujours tes phrases. Rien de ce qui rate un rendez-vous ne se produit au clavier. Une réponse orale maladroite vaut mieux qu’un paragraphe écrit parfait, parce que c’est celle que tu vas devoir sortir en face de quelqu’un.

Le module suivant passe à l’écrit, en commençant par l’approche et sa raison d’exister.

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