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Vérifier avant de croire

Vérifier systématiquement tout ce que produit un assistant reviendrait à tout refaire soi-même. Le gain de temps disparaîtrait. L’enjeu n’est donc pas de tout vérifier, mais de vérifier ce qu’il faut, au bon niveau d’effort.

C’est la seule question qui détermine l’effort à fournir.

Sur un enjeu faible (reformuler un paragraphe, chercher des idées, changer un ton), une relecture simple suffit. Sur un enjeu moyen (compte rendu de réunion, courriel important, résumé transmis à quelqu’un), contrôle les faits et les chiffres. Sur un enjeu fort (décision d’achat, courrier officiel, information donnée à un tiers), vérifie par une source indépendante.

Et sur un enjeu critique, c’est-à-dire tout ce qui touche à la santé, à l’argent, au droit ou à la sécurité, l’interlocuteur est un professionnel humain. L’IA ne sert alors qu’à préparer tes questions.

Un usage sérieux consiste à savoir dans quelle catégorie on se trouve avant de commencer.

Quatre situations méritent une vigilance renforcée, quel que soit l’enjeu.

Un chiffre précis. « 37 % des entreprises », « une hausse de 12 points ». La précision donne une impression de sérieux, mais un nombre plausible s’écrit exactement aussi facilement qu’un nombre exact. Tout chiffre non issu d’un document que tu as fourni est une hypothèse.

Une date, un nom propre, une référence. Auteur, titre d’ouvrage, article de loi, numéro de norme, nom d’étude. C’est le terrain de prédilection des inventions, parce que la forme de ces références est très régulière, donc très facile à imiter.

Un sujet d’actualité. Tout ce qui est postérieur à la date de coupure, ou susceptible d’avoir changé récemment : tarifs, versions, dirigeants, réglementation.

Une réponse qui te convient trop bien. Si le résultat confirme exactement ce que tu espérais, redouble d’attention. Ces outils ont un biais d’approbation, et une question formulée de façon orientée appelle une réponse orientée.

Coût : deux minutes. Pose la même question factuelle dans trois conversations neuves, sans reprendre les réponses précédentes.

Trois réponses concordantes, l’information est probablement bien ancrée. Ce n’est pas une preuve, mais c’est un bon indice. Trois réponses divergentes, tu viens d’identifier une zone fragile, gratuitement et sans aucune recherche externe.

Coût : cinq minutes. Pour chaque affirmation qui compte.

Demande la source précise. Va la chercher toi-même, dans un moteur de recherche ou sur le site officiel. Vérifie que le document existe. Puis vérifie qu’il dit bien ce qui est affirmé.

Cette dernière étape est celle qu’on saute, et c’est celle qui attrape le plus d’erreurs.

Coût : une minute. Dans une conversation neuve, colle le texte produit et demande :

Voici un texte. Liste uniquement les affirmations qui te paraissent
douteuses, invérifiables ou trop générales. Ne reformule pas le texte,
ne me dis pas ce qui est bien.

C’est étonnamment efficace. Critiquer un texte existant est une tâche bien plus fiable que produire des faits, parce que la matière est fournie.

Attention toutefois : c’est un tri, pas une vérification. Ce qui passe ce filtre reste à contrôler.

Ces outils manipulent des fragments de texte, pas des quantités. Ils peuvent donc énoncer un raisonnement arithmétique impeccable et se tromper dans le total.

Deux règles. Tout calcul qui compte se refait, à la calculatrice ou dans un tableur, y compris les additions simples. Et si l’outil peut exécuter un calcul plutôt que le rédiger, ce que certains proposent, c’est nettement plus fiable, parce que le résultat n’est alors plus produit par prédiction de texte.

Trois choses restent définitivement à ta charge.

Juger si le résultat est bon. Ce qui suppose que tu connaisses un minimum le sujet. Utiliser ces outils dans un domaine où tu es incapable de repérer une erreur, c’est le seul usage vraiment imprudent.

Assumer ce que tu transmets. Une fois envoyé, le texte est le tien.

Et décider. L’outil peut préparer, structurer, comparer. Trancher t’appartient.

Prends une réponse contenant au moins un chiffre et une référence, et applique la source remontée jusqu’au bout, quatrième étape comprise. Note ce que tu trouves.

Applique ensuite la triple relance à une question factuelle de ton domaine. Est-ce que les réponses concordent ?

Passe enfin un texte que tu as déjà produit à l’avocat du diable. Combien d’affirmations douteuses ressortent ?

Note dans ton carnet ton taux d’erreur constaté. C’est ton étalonnage personnel, et il vaut bien mieux que n’importe quelle statistique générale.

Vérifie ta compréhension

Question : un assistant affirme quelque chose et cite un rapport officiel avec son année. Tu trouves effectivement ce rapport en ligne. Peux-tu considérer l’affirmation comme vérifiée ?

Réponse : pas encore. Tu as vérifié que la source existe, pas qu’elle dit ça. Il reste à ouvrir le document et à retrouver le passage. C’est là que se logent la plupart des erreurs qui survivent à un contrôle superficiel.

Dernière fiche : reconnaître un faux ou une arnaque. Cette fois, l’IA n’est plus ton outil.

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