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Découper une tâche trop grosse

Il existe une catégorie de demandes qui résistent à tout. Tu ajoutes des consignes, des exemples, des interdits, et le résultat reste médiocre.

Neuf fois sur dix, le diagnostic est le même : tu n’as pas une demande mal écrite, tu en as trois empilées dans une seule.

Quatre signes, faciles à repérer.

Le « et » d’accumulation. Compte les verbes d’action dans ta tâche. « Lis ce compte rendu, et extrais les décisions, et identifie les responsables, et rédige un message de suivi pour chacun. » Quatre verbes, quatre tâches.

La qualité inégale. Le résultat est excellent sur un aspect et bâclé sur les autres. Typiquement, l’extraction est parfaite et la rédaction finale est générique : l’outil a consacré l’essentiel de son effort à la première tâche.

L’effet ballon. Tu corriges un défaut, un autre apparaît. Tu allonges la réponse, elle perd en précision ; tu exiges plus de précision, elle s’allonge. Les objectifs se concurrencent.

Le résultat non vérifiable. Tu ne peux pas dire si c’est bon, parce que le travail intermédiaire n’est pas visible. Tu vois une conclusion sans pouvoir juger le chemin.

Deux raisons.

Les objectifs se concurrencent. « Sois exhaustif » et « fais court » ne peuvent pas être satisfaits en même temps. Dans une demande unique, l’outil arbitre à ta place, différemment à chaque exécution.

Et le raisonnement est écrasé. Une tâche qui exige de lire, comparer, décider puis rédiger demande un cheminement. Si tu réclames directement le produit fini, ce cheminement n’a pas lieu : la réponse est composée en un seul élan, et les erreurs de raisonnement sont invisibles.

Liste les verbes. Écris ta demande, souligne chaque verbe d’action. Chacun est une tâche candidate. Lis, extrais, identifie, rédige.

Regroupe par nature. Il y a trois natures d’opérations, et elles ne se mélangent pas bien.

Extraire (lire, relever, lister, repérer) demande de la fidélité à la source et aucune invention. Décider (classer, prioriser, comparer, évaluer) demande l’application de critères. Produire (rédiger, reformuler, résumer, traduire) demande de la qualité d’écriture.

Une demande qui mélange les trois natures est presque toujours à découper. Chacune appelle des consignes, un format et des critères de qualité différents.

Vérifie à chaque étape. Le découpage n’a d’intérêt que si tu regardes les étapes intermédiaires. Sinon tu as juste rendu la chose plus longue.

Version surchargée :

Voici 12 demandes clients. Classe-les, repère les urgentes, et rédige
une réponse adaptée pour chacune.

Ce que tu obtiendras : un classement approximatif, des urgences discutables, et douze réponses qui se ressemblent toutes. Sans possibilité de savoir où ça a dérapé.

Version découpée :

ÉTAPE 1, EXTRAIRE
Pour chacune des 12 demandes, relève uniquement :
identifiant, expéditeur, objet réel, échéance mentionnée.
N'interprète pas. Si une information est absente, écris « non précisé ».
Présente sous forme de tableau.

Tu lis le tableau. Trente secondes. Si l’extraction est fausse, tout ce qui suit le sera : autant le voir maintenant.

ÉTAPE 2, DÉCIDER
À partir du tableau ci-dessus, attribue à chaque ligne une catégorie
et une urgence, selon les critères suivants : [...]
Ajoute une colonne « justification » : une phrase de moins de 10 mots.

La colonne « justification » est le cœur de la méthode. Elle rend le jugement auditable, et tu repères en un coup d’œil les décisions bancales.

ÉTAPE 3, PRODUIRE
Rédige une réponse uniquement pour les 4 demandes classées « haute ».
Pour chacune : 120 mots maximum, ton courtois et direct, reprend
l'identifiant, ne promet aucun délai.

Note le gain caché : tu ne rédiges plus douze réponses mais quatre. Le découpage n’a pas seulement amélioré la qualité, il a réduit le travail, parce que l’étape 2 a révélé que huit demandes ne justifiaient pas une réponse rédigée.

Détail technique, mais il change tout : la sortie d’une étape doit être une entrée propre pour la suivante.

Un tableau, une liste numérotée, des paires clé : valeur. Pas un paragraphe de prose. Si l’étape 1 produit du texte courant, l’étape 2 devra le réinterpréter, et réintroduira l’imprécision que le découpage devait supprimer.

C’est ce qu’on appelle le format pivot : une structure intermédiaire, lisible par toi et réutilisable telle quelle.

Toutes les tâches ne gagnent pas au découpage. Garde en un bloc les tâches purement transformatives (traduire, reformuler, corriger l’orthographe), les tâches courtes et sans jugement, et les tâches où le contexte global est indispensable à chaque instant. Adapter le ton d’un texte long, par exemple : le découper par paragraphes produit un patchwork.

Prends une demande de ton travail dont le résultat te déçoit régulièrement. Souligne les verbes d’action : combien y en a-t-il ?

Classe-les par nature (extraire, décider, produire) et écris les étapes séparément, avec un format pivot entre chacune.

Exécute étape par étape, en lisant réellement les sorties intermédiaires. Puis note où l’erreur se produisait. Dans neuf cas sur dix, elle était déjà présente à l’extraction.

Vérifie ta compréhension

Question : pourquoi ajouter une colonne « justification » à l’étape de décision ?

Réponse : parce qu’elle rend le jugement auditable. Sans elle, tu vois une catégorie et une urgence sans savoir pourquoi, et tu dois tout revérifier à la main. Avec elle, une justification bancale saute aux yeux, et t’indique en prime quel critère de ta demande est mal formulé.

Fiche suivante : obtenir le raisonnement avant la réponse, et pourquoi l’ordre compte autant.

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