La voix de vos proches
Il faut commencer par la mauvaise nouvelle, sans la maquiller.
Quelques secondes d’enregistrement suffisent aujourd’hui à produire une imitation de voix qui trompe un proche au téléphone. Une vidéo publiée par votre petite-fille, un message vocal, une intervention à une réunion d’association : la matière est publique et il n’en faut pas beaucoup.
Ce n’est pas une hypothèse d’avenir. C’est utilisé maintenant, et les personnes âgées sont la cible première.
Le scénario, presque toujours le même
Section intitulée « Le scénario, presque toujours le même »Le téléphone sonne. C’est votre petit-fils, votre fille, votre neveu. Vous reconnaissez la voix.
Il y a un problème. Un accident, une garde à vue, un téléphone cassé, une caution à verser. Il pleure ou il est paniqué, ce qui explique commodément que la voix soit un peu étrange.
Il faut de l’argent, tout de suite. Et surtout, il ne faut rien dire aux parents.
Parfois une deuxième personne prend le relais : un « avocat », un « policier », un « ami ». Cela rend l’ensemble plus crédible et vous empêche de réfléchir.
Pourquoi écouter attentivement ne sert à rien
Section intitulée « Pourquoi écouter attentivement ne sert à rien »Trois raisons, et elles se cumulent.
La reproduction est bonne, et le téléphone dégrade le son de toute façon. Ce que vous entendez n’est jamais la vraie voix de quelqu’un, même quand c’est la vraie personne.
L’émotion supprime le jugement. C’est le but du scénario, pas un effet secondaire.
Et vous êtes placé dans une situation où hésiter paraît monstrueux. « Tu ne reconnais pas ta propre petite-fille ? » Cette phrase est un outil, pas un reproche.
Les deux gestes qui protègent
Section intitulée « Les deux gestes qui protègent »Ils ne demandent aucune compétence technique et ils fonctionnent quelle que soit la qualité de l’imitation.
Raccrocher et rappeler. Sur le numéro que vous avez déjà dans votre téléphone. Pas celui qui s’affiche, pas celui qu’on vous donne pendant l’appel.
Si la personne ne répond pas, appelez quelqu’un d’autre de la famille. Une urgence vraie survit à trois minutes.
C’est suffisant dans la quasi-totalité des cas. Vous n’avez rien d’autre à savoir.
Le mot de passe familial. Convenez en famille d’un mot, ou d’une question dont la réponse n’est écrite nulle part et ne figure sur aucun réseau social.
Pas « le nom de jeune fille de maman », ça se trouve. Plutôt : « comment s’appelait le chien de Bourbon ? », « qu’est-ce qu’on a mangé à Noël dernier ? », « où est la photo dans le couloir ? »
En cas d’appel en urgence réclamant de l’argent, la question tombe. Une voix imitée ne connaît pas la réponse, et l’escroc ne peut pas improviser sans se trahir.
Les deux signaux qui trahissent
Section intitulée « Les deux signaux qui trahissent »Vous n’avez pas besoin de reconnaître l’arnaque. Il suffit de repérer deux ingrédients, et ils sont toujours là tous les deux.
L’urgence. Il faut agir maintenant, tout de suite, avant que vous n’ayez le temps de réfléchir ou de vérifier.
Le secret. Il ne faut en parler à personne. « Ne dis rien à papa », « c’est confidentiel », « je t’expliquerai après ».
Quand ces deux-là sont réunis, c’est une arnaque, jusqu’à preuve du contraire. Une demande légitime supporte toujours dix minutes et supporte toujours d’être mentionnée à un tiers.
Comment on paie, dans ces arnaques
Section intitulée « Comment on paie, dans ces arnaques »Utile à connaître, parce que ça sert de dernier garde-fou.
On vous demandera un virement immédiat, la remise d’espèces à un « coursier » qui passe chez vous, l’achat de cartes prépayées dont vous dictez les codes au téléphone, ou un transfert par un service de mandat.
Aucune administration, aucune banque, aucun avocat, aucun tribunal ne demande jamais de payer par cartes prépayées. Jamais. Si on vous le demande, l’affaire est réglée.
Et personne de légitime n’envoie quelqu’un chercher de l’argent chez vous.
Si c’est déjà arrivé
Section intitulée « Si c’est déjà arrivé »Appelez votre banque tout de suite. Les premières heures comptent, et certaines opérations se bloquent.
Déposez plainte. La gendarmerie ou le commissariat prennent ces plaintes, et elles servent.
Et parlez-en. La honte est ce sur quoi comptent les escrocs pour que vous vous taisiez et qu’ils puissent recommencer, avec vous ou avec un autre.
Ces manipulations sont conçues par des professionnels et fonctionnent sur des gens parfaitement lucides, y compris des gens dont c’était le métier de s’en méfier. Il n’y a rien d’humiliant à s’être fait avoir. Il y a un problème à se taire.
Ce soir, dix minutes
Section intitulée « Ce soir, dix minutes »Proposez le mot de passe familial. Ce soir, pas la semaine prochaine. Choisissez-le ensemble, au téléphone ou à table, et vérifiez qu’il ne figure nulle part en ligne.
Vérifiez ensuite que vous avez bien, dans votre répertoire, les vrais numéros de vos enfants, de vos petits-enfants et de votre banque. C’est ce qui rend le « je rappelle » possible quand on est paniqué.
Et écrivez sur un papier, près du téléphone : « On me demande de l’argent en urgence : je raccroche et je rappelle moi-même. »
Vérifiez que vous avez compris
Question : votre petit-fils vous appelle en pleurs, vous reconnaissez parfaitement sa voix, il a eu un accident, il a besoin d’argent tout de suite et vous supplie de ne rien dire à ses parents. Que faites-vous ?
Réponse : vous ne faites rien de ce qui est demandé. Les deux signaux sont réunis, l’urgence et le secret, et la voix ne prouve plus rien. Vous raccrochez et vous rappelez votre petit-fils sur son numéro habituel. S’il ne répond pas, vous appelez ses parents. Si c’était vrai, ces trois minutes ne changent rien. Et l’interdiction d’en parler aux parents est à elle seule la preuve la plus claire que c’est faux.
Fiche suivante : les faux conseillers et les faux dépannages.
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