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Ce que ça change à ce métier

Commençons par la question que personne ne pose à voix haute en début de formation, et qui occupe pourtant une partie de la salle.

Je ne vais pas te répondre par une formule rassurante, parce que tu la reconnaîtrais.

Ce qui disparaît de ce poste, c’est le temps de frappe. La mise en forme, la reformulation, le passage des notes au document propre, la traduction du jargon en français lisible. Cette part-là du travail était souvent la plus visible, et c’est celle qui va se réduire.

Ce qui ne disparaît pas : savoir qui appeler, savoir ce qui s’est dit en réunion il y a trois mois, savoir que ce dossier est sensible parce que la personne concernée est en conflit avec le service, savoir quel ton employer avec ce fournisseur-là. Rien de tout cela n’est écrit nulle part, et un assistant conversationnel n’y a aucun accès.

Ce métier a toujours reposé sur deux choses : la production de documents et la connaissance de la maison. L’outil s’attaque à la première et pas du tout à la seconde. En pratique, les personnes qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui deviennent la référence de leur organisation sur l’usage correct de ces outils, ce qui est exactement l’objet de ces deux jours.

Je ne te dirai pas que la question ne se pose pas. Elle se pose, et la meilleure réponse disponible est d’être la personne qui sait s’en servir et qui sait où sont les limites.

Là où il y a beaucoup de texte à produire à partir de matière que tu possèdes déjà.

Un courrier à écrire à partir de trois informations. Un compte rendu à tirer de tes notes. Une note de service à reformuler dans un registre plus clair. Un mail difficile à écrire, ce que tout le monde repousse. La traduction d’un document technique en français compréhensible.

Sur ces tâches, le gain se compte en heures par semaine, et il est immédiat dès le premier jour.

Il est encore plus net sur une catégorie précise : les tâches que tu repousses. Le mail désagréable, la relance qu’on n’ose pas, la procédure à écrire depuis six mois. Ce ne sont pas les tâches les plus longues, ce sont celles qui coûtent le plus, et le passage de zéro à un brouillon règle presque tout.

Là où il faut décider. L’outil produit trois options plausibles et n’a aucune idée de laquelle est juste chez toi.

Là où il faut vérifier une information dans un système : un solde, une date de contrat, une disponibilité, un dossier. Il inventera une réponse plausible plutôt que d’admettre qu’il ne sait pas.

Là où il faut connaître les gens. Le ton juste avec un élu, un parent d’élève, un patient inquiet, un client mécontent depuis deux ans, ne se déduit d’aucun texte.

Et là où la responsabilité est en jeu. Ce que tu signes, ou ce que ton directeur signe, engage. Nous y reviendrons souvent.

Voici l’effet que les formations passent sous silence, et il faut l’anticiper.

Quand produire devient facile, on produit davantage. Les mails s’allongent, les comptes rendus se multiplient, les notes de service prolifèrent, et chacun rédige plus vite qu’avant.

Résultat : tu reçois plus. Le temps gagné à écrire est partiellement repris par le temps passé à lire ce que les autres écrivent plus vite.

Le gain net reste très positif, mais il n’est pas celui qu’on te vend. Et il se protège : le module 3 traite la boîte mail précisément pour cette raison.

Elle tient en une phrase, et tu la retrouveras à chaque module.

Tu fournis le fond, elle fournit la forme.

Le fond, c’est ce que tu sais : les faits, les dates réelles, les noms, le contexte, l’intention, ce qu’il ne faut surtout pas écrire. La forme, c’est la mise en français correct, la structure, le ton, la longueur.

Chaque fois que tu inverses les deux, tu obtiens un document plausible et partiellement faux. C’est l’erreur qui coûte, et c’est celle que la formation cherche à rendre impossible.

Un dernier point, qui te concerne même si tu ne décides de rien.

Ces outils sont déjà utilisés chez toi, presque certainement, y compris quand rien n’a été décidé et que rien n’est autorisé. Les gens s’en servent depuis leur téléphone, sur des documents de travail, sans mauvaise intention et sans consigne.

Une organisation a donc rarement le choix entre « utiliser » et « ne pas utiliser ». Elle a le choix entre un usage encadré et un usage invisible.

Toi, à ton poste, tu es souvent la première personne à le constater. C’est une information utile à faire remonter, et le module 4 explique comment le faire sans dénoncer personne.

Vérifie ta compréhension

Question : ton directeur te demande de faire vérifier par l’IA si le contrat du prestataire arrive bien à échéance en mars. Que fais-tu ?

Réponse : tu vas voir le contrat. C’est une information qui existe dans un document précis, et l’outil ne l’a pas : il produira une date plausible avec le même aplomb qu’une date exacte. En revanche, une fois le contrat sous les yeux, tu peux tout à fait lui demander de t’en expliquer les clauses de reconduction en français simple, ou de rédiger la lettre de non-reconduction. Vérifier, c’est toi. Rédiger, c’est lui.

Fiche suivante : cartographier tes propres tâches, pour savoir où appliquer tout ça.

Une formationBaxIA