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Comment c’est vraiment trié

Il circule sur ce sujet plus de bêtises que sur n’importe quel autre aspect de la recherche d’emploi. La plupart viennent de gens qui vendent des services d’optimisation de CV, ce qui devrait suffire à éveiller l’attention.

Voici ce qui se passe réellement, aussi précisément que je peux le dire.

Les grandes entreprises, les cabinets de recrutement et les agences d’intérim utilisent des logiciels de gestion des candidatures. C’est leur outil de travail quotidien, et ils reçoivent trop de dossiers pour faire autrement.

Beaucoup de petites et moyennes structures n’en utilisent aucun. Le patron ou la personne des ressources humaines ouvre une boîte mail et lit.

Tu ne sais pas dans quel cas tu es. C’est pour ça que la bonne stratégie est celle qui marche dans les deux : un document propre, lisible par une machine et par un humain pressé.

C’est d’abord une base de données. Il range les candidatures, garde l’historique, repère les doublons, permet à plusieurs personnes de suivre le même dossier, et envoie les accusés de réception.

Il permet ensuite de chercher. Le recruteur tape un mot, un diplôme, une ville, un logiciel, et il obtient les dossiers qui contiennent ces éléments.

Certains proposent un classement automatique par correspondance avec l’offre. C’est une aide au tri, pas une décision, et beaucoup de recruteurs s’en méfient.

De plus en plus, un assistant conversationnel s’ajoute par-dessus : le recruteur lui fait résumer des lots de candidatures ou repérer celles qui mentionnent telle compétence. C’est nouveau, c’est en train de se répandre, et ça ne change pas fondamentalement ce qui suit.

« Les robots rejettent la majorité des CV. » Ce chiffre circule partout sans source sérieuse, et il vient du marketing des services d’optimisation. Un logiciel de recrutement classe et permet de chercher ; il ne prononce pas de refus tout seul dans les recrutements ordinaires.

« Il faut bourrer le CV de mots-clés. » Les recherches portent sur des mots présents dans un contexte lisible. Une liste de mots collée en bas de page ne fait pas remonter grand-chose, et l’humain qui la voit ensuite comprend exactement ce que tu as essayé de faire.

« Il faut un CV moche et sans mise en forme. » Non : il faut un CV simple. Un document sobre, en une colonne, avec de vrais titres de sections, se lit très bien des deux côtés.

« La lettre est lue par le robot. » Non. Quand elle est lue, elle l’est par un humain, plus tard dans le processus. C’est une raison de plus pour qu’elle contienne quelque chose de spécifique plutôt que des qualités générales.

Six points concrets, et ils prennent dix minutes à appliquer.

Du vrai texte, sélectionnable à la souris. Un CV exporté en image n’est lisible par aucun logiciel.

Une seule colonne pour l’essentiel. Les mises en page en deux colonnes se lisent parfois dans le désordre.

Des titres de sections standards : Expérience, Formation, Compétences, Langues. Ce n’est pas le moment d’être créatif.

Des dates dans un format constant, mois et année, dans le même sens partout.

Rien d’important dans l’en-tête ou le pied de page du document : ces zones sont parfois ignorées, et ton numéro de téléphone y disparaît.

Un nom de fichier avec ton nom et le poste. Le recruteur l’enregistre tel quel dans un dossier qui en contient deux cents.

Une candidature transmise par une personne qui travaille dans l’entreprise ne passe aucun de ces filtres. Elle arrive avec un nom derrière.

C’est le canal le plus efficace, il l’a toujours été, et il n’a rien à voir avec le fait de connaître du monde par naissance. Un ancien collègue, un ancien camarade de formation, quelqu’un rencontré dans un salon, une personne qui fait ton métier et à qui tu écris pour poser des questions.

C’est aussi ce qu’on appelle le marché caché, avec un terme qui fait plus mystérieux qu’il ne l’est : une partie des postes se pourvoit sans annonce, par bouche-à-oreille. Une candidature spontanée bien ciblée y a plus de chances qu’une réponse à une offre où vous êtes deux cents.

L’atelier 3 y consacre une étape entière.

Vérifie ta compréhension

Question : on te conseille d’ajouter en bas de ton CV une liste de trente mots-clés en petits caractères, pour « passer les robots ». Bonne idée ?

Réponse : non. Les logiciels cherchent des mots dans un contexte lisible, pas des listes isolées, donc le gain est proche de zéro. Et le coût est réel : la personne qui ouvre le document voit la liste et en tire une conclusion sur toi. Le temps passé à cette manipulation est mieux employé à écrire, dans tes expériences, les mots qui correspondent vraiment à ce que tu as fait.

Fiche suivante : les arnaques au recrutement, qui ont beaucoup progressé pour les mêmes raisons que tout le reste.

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