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L’usage sauvage

Commençons par le constat, parce que tout le module en dépend.

Dans votre entreprise, ces outils sont déjà utilisés. Par des managers qui trient des CV, par des commerciaux qui rédigent des propositions, par des assistants qui traitent des courriers, souvent depuis un compte personnel et un téléphone personnel.

Personne n’a mal agi. Dans la plupart des cas, aucune consigne n’a jamais été donnée, et les gens ont fait ce que font les gens : ils ont utilisé un outil qui leur faisait gagner du temps.

La fonction RH est concernée à trois titres, et c’est ce qui rend ce module inévitable.

Vous êtes exposés directement. Le tri de candidatures dans un assistant grand public, vu au module 2, est la pratique la plus répandue et la plus risquée, et elle se produit dans votre périmètre.

Vous portez l’obligation de formation. Depuis février 2025, le règlement européen prévoit que les organisations veillent à un niveau suffisant de maîtrise de l’IA chez les personnes qui utilisent ces systèmes pour leur compte. Cette obligation atterrit naturellement sur la RH.

Vous êtes ceux qui verront les conséquences. Un incident de données, une candidature contestée, un compte rendu d’entretien produit par une machine : les suites se traitent chez vous.

Interdire globalement. L’interdiction générale ne produit pas l’arrêt de l’usage, elle produit sa disparition de la surface. Les gens continuent depuis leur téléphone, et vous perdez la seule chose qui vous restait : la visibilité.

Chercher les coupables. Une chasse aux contrevenants garantit que plus personne ne dira ce qui se passe, et l’audit du jour 1 devient impossible à refaire.

Écrire une charte de vingt pages. Elle sera signée, rangée, et jamais appliquée. Le module se termine sur les dix lignes qui, elles, fonctionnent.

Tu as besoin de savoir ce qui se passe. Voici comment l’obtenir.

Demande les usages, pas les noms. Un questionnaire court, anonyme, à l’ensemble des salariés : utilisez-vous ces outils au travail, pour quelles tâches, avec quel compte, qu’aimeriez-vous pouvoir faire ? Les réponses sont toujours instructives, et le volume déclaré est toujours supérieur à ce que la direction imaginait.

Passe par les managers, en réunion collective. La question « qu’est-ce qui se fait déjà dans vos équipes » obtient des réponses honnêtes quand elle n’est pas posée sur un ton d’inspection.

Regarde les outils déjà souscrits. Beaucoup d’entreprises paient déjà des licences dont personne au service RH n’a connaissance, et parfois des fonctions d’IA activées par défaut dans des logiciels existants.

Annonce à quoi ça sert. « Nous voulons savoir ce qui est utile pour vous équiper correctement » change complètement le taux de réponse par rapport à « nous faisons un état des lieux de conformité ».

C’est le contournement type, et il mérite d’être compris avant d’être traité.

Un salarié utilise son compte personnel parce que l’entreprise n’a rien fourni, et il rend service en faisant ça. Le problème n’est pas son intention, il est mécanique : les documents de l’entreprise se retrouvent sur un compte privé, hors du cadre contractuel négocié par l’employeur, et personne ne peut plus les retirer.

Le traitement est simple à énoncer et demande une décision : fournir un accès professionnel, et dire clairement que le compte personnel ne s’utilise pas pour le travail.

Un accès professionnel coûte peu, souvent beaucoup moins qu’un seul incident. C’est l’arbitrage à présenter à la direction, chiffres à l’appui.

Puisque l’obligation existe, autant l’utiliser correctement plutôt que de la subir.

Elle ne demande pas une formation technique. Elle demande que les personnes qui utilisent ces systèmes comprennent ce qu’elles font : ce que l’outil produit, ses limites, ce qui ne se confie pas, et ce qui reste une décision humaine.

En pratique, deux niveaux suffisent dans la plupart des organisations. Une sensibilisation courte pour tout le monde, deux heures, centrée sur ce qui ne se colle pas et sur la vérification. Et une formation approfondie pour les postes exposés : RH, commerce, administratif, encadrement.

Le fait de tracer ce qui a été fait, qui a été formé et quand, fait partie de l’exercice. C’est votre métier, et vous le faites déjà pour d’autres obligations.

Vérifie ta compréhension

Question : votre questionnaire anonyme révèle que la moitié des managers utilise un assistant personnel pour préparer les entretiens annuels. Quelle est ta première action ?

Réponse : pas une note d’interdiction. Regarde d’abord ce qu’ils en font : préparer une trame et formuler des retours est un usage utile qu’il faut outiller, tandis que coller des comptes rendus d’entretien dans un compte personnel est ce qu’il faut arrêter tout de suite. Traite les deux séparément : une consigne claire sur ce qui ne se colle pas, et une trame officielle avec des gabarits qui répondent au besoin réel. Une interdiction sans alternative ramène l’usage sous la surface, avec les mêmes documents et moins de visibilité.

Fiche suivante : les données RH, et ce que la fonction doit tenir.

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