L’inventaire de ce que tu sais faire
Demande à quelqu’un ce qu’il sait faire, il te répond son intitulé de poste. « J’étais magasinier. » C’est une étiquette, pas une compétence, et c’est avec ça que la plupart des CV sont écrits.
Cette fiche produit la matière première de tout le reste. Sans elle, la machine remplira les trous avec du vide bien tourné.
Le principe : te faire interroger
Section intitulée « Le principe : te faire interroger »Se décrire est difficile. Répondre à des questions est facile. Toute la fiche tient dans ce renversement.
Je prépare une recherche d'emploi et je dois faire l'inventaire de ce queje sais faire.
Interroge-moi. Pose-moi une question à la fois, attends ma réponse, puisenchaîne. Creuse quand ma réponse est vague : demande un exemple précis,demande ce que je faisais concrètement, demande ce qui se serait passési je ne l'avais pas fait.
N'écris rien à ma place et n'invente rien. Commence par mon dernier poste.« Une question à la fois » est la consigne qui change tout. Sans elle, tu reçois un questionnaire de quinze lignes et tu abandonnes à la troisième.
Prévois quarante minutes. C’est long, c’est le seul moment long de cette formation, et tout le reste en dépend.
Ce qu’il faut sortir, poste par poste
Section intitulée « Ce qu’il faut sortir, poste par poste »Pour chaque emploi, y compris les petits boulots et l’intérim, cherche cinq choses.
Ce que tu faisais un mardi ordinaire. Pas la fiche de poste : la journée réelle.
Ce que tu faisais que personne d’autre ne faisait. Il y a presque toujours quelque chose. Le truc qu’on venait te demander parce que tu étais celui qui savait.
Les outils, les machines, les logiciels. Nommés précisément. « Bureautique » ne dit rien, le nom du logiciel de caisse ou de gestion dit quelque chose.
Les chiffres, s’il y en a. Combien de personnes, combien de dossiers par jour, quel montant, quelle surface, quelle cadence. Tu n’as pas besoin d’une comptabilité : un ordre de grandeur que tu peux expliquer suffit.
Ce qui a changé pendant que tu étais là. Une réorganisation, un nouveau logiciel, un déménagement, un remplacement au pied levé. Ce sont ces moments qui racontent le mieux ce que tu vaux.
Ce que tu ne penses pas à écrire
Section intitulée « Ce que tu ne penses pas à écrire »Il y a une catégorie entière que presque personne ne mentionne, et les recruteurs la cherchent.
Ce que tu as appris seul : un logiciel, une langue, une machine, une réglementation.
Ce que tu fais en dehors du travail et qui est du travail : la trésorerie d’une association, la coordination d’un club, l’organisation d’un événement, l’aide administrative à des proches.
Ce que tu as tenu dans une période difficile : un poste maintenu pendant un sous-effectif, un remplacement long, une reprise après un arrêt.
Et les langues, y compris parlées à la maison sans diplôme. À La Réunion, le créole est une compétence professionnelle réelle dans tous les métiers de contact, et il n’est presque jamais écrit sur un CV.
Traduire, sans se raconter d’histoires
Section intitulée « Traduire, sans se raconter d’histoires »Une fois la matière sortie, demande la traduction.
Voici ce que je t'ai raconté sur ce poste.Reformule chaque élément en une ligne, telle qu'elle pourrait figurersur un CV : ce que je faisais, comment, et avec quel résultat quand ily en a un de vérifiable.
N'ajoute aucun chiffre, aucun outil et aucune responsabilité que je net'ai pas donnés. Si une ligne te paraît trop vague, dis-le-moi etdemande-moi une précision.Puis relis chaque ligne avec une seule question en tête : est-ce que je peux raconter ça pendant cinq minutes en entretien si on me le demande ?
Si la réponse est non, la ligne saute. Elle ne t’apportera qu’un mauvais moment.
Le trou dans le parcours
Section intitulée « Le trou dans le parcours »Presque tout le monde en a un, et presque tout le monde le vit mal. Autant le traiter ici plutôt que paniquer devant une question en entretien.
Un trou ne se cache pas, il se dit en une phrase et sans s’excuser. Maladie, aidant familial, chômage long, projet qui n’a pas abouti, formation abandonnée, prison, tu n’as pas à te justifier en détail.
Ce qui fonctionne, c’est une phrase courte et factuelle, suivie de ce que tu fais maintenant.
Tu peux la préparer avec la machine : « Aide-moi à formuler en une phrase, sans pathos et sans excuse, une interruption de deux ans pour raison de santé, dans un CV. » Tu obtiendras plusieurs versions. Choisis la plus sobre.
Trente minutes de pratique
Section intitulée « Trente minutes de pratique »Fais l’interrogatoire sur un seul poste, le plus récent ou le plus important. Pas sur toute ta carrière : tu ne finirais pas.
Réponds sans te censurer, y compris quand tu trouves que ce n’est pas intéressant. C’est presque toujours là que se trouve ce qui te distingue.
Puis demande la traduction en lignes de CV, et applique le test des cinq minutes à chacune.
Garde ce document. Toute la formation s’appuie dessus, et tu le rouvriras à chaque candidature.
Vérifie ta compréhension
Question : tu racontes que tu « gérais les stocks ». La machine te propose la ligne : « Gestion complète des stocks, optimisation des flux, réduction de 15 % des ruptures ». Que fais-tu ?
Réponse : tu supprimes les 15 % et l’« optimisation des flux », que tu n’as jamais mentionnés. Ce chiffre est inventé pour faire crédible, et il te met en danger : un recruteur qui te demande comment tu l’as mesuré verra en dix secondes que tu ne peux pas répondre. Tu gardes « gestion des stocks » et tu ajoutes ce que toi tu sais : combien de références, quel logiciel, à quelle fréquence.
Fiche suivante : lire une offre d’emploi pour ce qu’elle dit réellement.
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