Chaîner les demandes
Tu sais découper. Reste à enchaîner les morceaux sans que la chaîne se dégrade en chemin, parce que c’est exactement ce qui arrive quand on enchaîne naïvement.
Le problème du téléphone arabe
Section intitulée « Le problème du téléphone arabe »Chaque étape prend en entrée la sortie de la précédente. Une imprécision introduite à l’étape 1 est reprise, amplifiée et considérée comme acquise aux étapes suivantes.
Pire : à l’étape 3, plus personne ne sait que l’information vient d’une inférence de l’étape 1. Elle a l’air d’un fait établi.
Une erreur en amont ne se corrige pas en aval, elle se solidifie. D’où la règle qui gouverne tout ce qui suit : on contrôle après chaque étape, pas à la fin.
Les trois façons d’enchaîner
Section intitulée « Les trois façons d’enchaîner »La conversation continue. Tu poses tes étapes l’une après l’autre dans le même fil. C’est simple, l’outil garde tout en contexte, et tu peux revenir en arrière. En revanche le contexte s’alourdit, les hésitations et les corrections restent présentes et polluent la suite. Au-delà de trois ou quatre étapes, la qualité se dégrade. C’est le mode par défaut, et il convient à la majorité des cas.
Le relais explicite. Tu récupères la sortie de l’étape 1, tu ouvres une conversation neuve, et tu la recolles comme matière d’entrée. Contexte propre à chaque étape, aucune pollution, chaque étape reproductible isolément donc testable. Le prix, c’est une manipulation manuelle et le transport du contexte utile. C’est le mode professionnel, celui qu’il faut adopter dès que la chaîne devient un outil de travail plutôt qu’une exploration.
Le point de contrôle humain. Entre deux étapes, tu interviens : tu corriges le tableau, tu supprimes deux lignes, tu ajoutes une information que l’outil ne pouvait pas connaître. C’est le mode le plus fiable, et le plus sous-estimé. Il transforme une chaîne automatique en collaboration, et c’est très souvent le bon compromis.
Le format pivot, en détail
Section intitulée « Le format pivot, en détail »Ce qui circule entre deux étapes détermine la solidité de la chaîne.
Ce qui marche :
id | expediteur | objet | echeance | source--- | --- | --- | --- | ---D-01 | LE CLIENT A | livraison non reçue | 12/04 | expliciteD-02 | LE CLIENT B | demande de tarif | non précisé | (aucune)Ce qui ne marche pas : un paragraphe de prose qui raconte les demandes. L’étape suivante devra le réinterpréter, et réintroduira le flou que le découpage servait à éliminer.
Un bon format pivot a trois qualités. Il est structuré (tableau, liste numérotée, paires
clé : valeur). Il est complet : l’étape suivante ne doit pas avoir besoin de revenir à la source.
Et il est traçable, avec une colonne qui distingue ce qui est cité de ce qui est déduit.
La colonne source de l’exemple ci-dessus fait exactement ça. explicite signifie que l’information
figure telle quelle dans le message, déduit signalerait une inférence. À l’étape suivante, tu sais
quoi croire.
La règle du contexte transporté
Section intitulée « La règle du contexte transporté »Quand tu passes en conversation neuve, l’étape 2 ne sait rien. Tu dois transporter le rôle et le contexte (les mêmes qu’à l’étape 1), la sortie de l’étape 1 délimitée, les critères propres à l’étape 2, et ce qui a été décidé ou corrigé entre-temps.
Ce dernier point est celui qu’on oublie. Si tu as corrigé le tableau à la main, dis-le :
<tableau>[le tableau corrigé]</tableau>
Ce tableau a été vérifié et corrigé manuellement. Considère son contenucomme exact et ne le remets pas en question.Sans cette phrase, l’outil peut « re-déduire » et défaire ta correction.
Quand arrêter la chaîne
Section intitulée « Quand arrêter la chaîne »Trois signaux d’arrêt, et ne les ignore pas.
Si l’étape produit une sortie que tu ne peux pas vérifier, tu as perdu le contrôle : reviens en arrière et découpe davantage.
Si deux étapes se contredisent, ne demande pas d’arbitrer. Remonte, l’erreur est en amont.
Et si tu as passé plus de temps à enchaîner qu’il n’en aurait fallu à la main, note-le et range cette tâche dans la colonne « pas pour l’IA ». C’est une conclusion légitime, pas un échec.
Sur notre exemple
Section intitulée « Sur notre exemple »La chaîne complète du tri des demandes :
ÉTAPE 1, EXTRAIRE (conversation A) 12 messages → tableau structuré, colonne « source » ↓ ▸ POINT DE CONTRÔLE : je relis le tableau, je corrige 2 lignes ↓ÉTAPE 2, DÉCIDER (conversation B, neuve) tableau corrigé → catégorie + urgence + justification + confiance ↓ ▸ POINT DE CONTRÔLE : je vérifie les lignes « confiance : faible » ↓ÉTAPE 3, PRODUIRE (conversation C, neuve) 4 demandes urgentes → 4 réponses rédigées ↓ ▸ RELECTURE FINALE : faits, ton, engagementsTrois conversations, deux points de contrôle, une relecture. En pratique, cette chaîne prend une quinzaine de minutes pour douze demandes, contre une bonne heure à la main, et avec une traçabilité que le traitement manuel n’offre pas.
Vingt-cinq minutes de pratique
Section intitulée « Vingt-cinq minutes de pratique »Prends la tâche découpée à la fiche précédente. Définis explicitement le format pivot entre chaque étape, avec une colonne de traçabilité.
Exécute la chaîne en conversations neuves, en transportant le contexte à chaque fois. Place un point de contrôle après l’extraction, et chronomètre-le.
Puis introduis volontairement une erreur dans le tableau à l’étape 1 et laisse la chaîne tourner. Observe jusqu’où elle se propage. C’est l’argument le plus convaincant en faveur du point de contrôle, et il vaut mieux le vérifier soi-même que me croire sur parole.
Vérifie ta compréhension
Question : tu as corrigé à la main le tableau produit à l’étape 1, puis tu le colles à l’étape 2 en conversation neuve. Que faut-il ajouter, et pourquoi ?
Réponse : une phrase indiquant que le tableau a été vérifié et corrigé manuellement, et qu’il doit être considéré comme exact. Sans elle, l’étape 2 peut re-déduire à partir des mêmes indices et défaire ta correction : l’outil n’a aucun moyen de savoir qu’un humain est passé par là.
Dernière fiche du module : faire critiquer et réviser.
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